Sud Chili - Argentine

Cochrane – Tortel – frontière argentine = derniers jours de vélo

J1 (31/01)

28km
Nous avons acheté un billet de bus pour aller à la frontière avec l’Argentine dans une semaine. Il n’y a que 126km à pédaler jusqu’à Tortel donc nous avons le temps. La carretera australe continue après Tortel. Il faut prendre un ferry pour traverser un fjord et la route reprend son cours pour se terminer en cul-de-sac à Villa O’higgins. Il y a très peu de bus par semaine qui rallient cette ville au reste du monde donc nous ne dépasserons pas ce fjord, trop risqué niveau temps.

Nous quittons le camping de Cochrane. Aujourd’hui nous partons tous, les cyclistes comme les trekkeurs pour profiter du beau temps qui s’est réinstallé.
La route est belle. Le nombre de voitures qui circulent à nettement diminué et c’est tant mieux ! La piste n’est pas très bonne à cause de la tôle ondulée qui martyrise nos vélos.  Rien ne presse, profitons de nos derniers jours en Patagonie.

Neige déposée par le mauvais temps d’hier

Pour arriver au lieu de campement, nous devons grimper sur de la roche. À deux, nous montons la remorque avec Sam dedans. Le moment est un peu tendu, nous sommes concentrés quand nous entendons des rires venant de la remorque. Sam rit de bon cœur à chaque secousse !

La fin de journée est faite de longs moments de détente autour de la tente. Plusieurs troncs au sol servent de terrain de jeu pour Sam. Qu’il profite! En Guyane, un tronc d’arbre au sol signifie potentiel scorpion, serpent et scolopendre. Bref que des animaux bien sympas donc interdiction d’y jouer !

J2 (01/02)

37km
Hier, des moutons étaient en train de paître autour de la tente. Un troupeau de vaches est aussi passé à côté de nous et ce matin au réveil, ce sont des chevaux qui s’enfuient quand nous ouvrons la tente. Une vraie ferme, Sam adore !
Mon porte-bagage avant s’est devisé à force de vibrations sur la tôle ondulée. Rien de bien grave mais je me pose la question du retentissement des vibrations sur nos corps.

Aujourd’hui, encore de jolis monts enneigées et un magnifique glacier face à notre campement. Ce matin, Benoît a dit devant le ciel menaçant que ça serait un miracle qu’on ne se prenne pas de pluie. Aucune goutte sur la journée mais en plus un beau soleil en fin d’après-midi quand nous faisons trempette dans l’eau très fraîche de la rivière. Sam joue dans le sable et finit encore une fois plus sale après le bain que avant !

Vers 14h, nous avons fait halte chez un couple de personnes âgées qui vit isolé dans cette vallée. Ils proposent des boissons chaudes, du pain maison et de la confiture. Benoît craque pour leur confiture de groseille et nous repartons après un café avec un énorme pot bien lourd qui fait plaisir.
Couchés dans la tente, nous admirons au monoculaire l’étendu de glace avant de définitivement refermer l’entrée.

J3 (02/02)

36km
Encore ce matin, nous sommes sous le charme des lieux. Sam adore s’entraîner à se mettre debout dans la tente. Il sait que c’est un lieu normalement plat donc plus facile pour s’exercer. Ce matin, face à son père qui l’encourage, nous le voyons faire un pas puis un autre. Whaou ! Vivement ce soir qu’on remonte la tente et qu’il nous montre ce qu’il peut faire. La marche est pour très très bientôt.

La route est relativement plate aujourd’hui. Nous avançons rapidement mais comme nous ne sommes pas du tout pressés, la pause déjeuner est prolongée et le bivouac monté à 15h30. Avant Cochrane, j’avais bien vu, mais très furtivement, une femelle huemul (cerf protégé de Patagonie) qui traversait la route. Trop rapide pour vraiment apprécier. Ce matin, nous somme beaucoup plus chanceux. C’est un mâle que nous surprenons dans un tournant. Il va se cacher le long des barbelés dans les herbes hautes. Nous posons nos vélos pour l’admirer plus facilement. Superbe avec ses bois. Il se décide doucement à aller voir s’il y a une sortie de l’autre côté de la route. Il traverse devant nous puis face à de nouveaux barbelés, part sur la route en s’éloignant. Nous remontons sur nos selles tout heureux de suivre à vélo un si bel animal. On le perd de vue dans un tournant. Je m’arrête en voyant un passage possible dans les barbelés au niveau d’un cours d’eau. Il est là, à 4 mètres de moi de l’autre côté des barbelés, beaucoup plus grand que ce que je pensais. Il prend peur et nous le regardons s’enfoncer dans la forêt. Super chouette !

Huemul bloqué par les barbelés
Photo tirée du film que j’ai fait quand il traversait

L’autre animal emblématique de Patagonie est le puma, bien plus dur à voir. Un couple de retraités français voyageant en vélo couché m’a raconté en avoir surpris un au détour d’un chemin plus au Nord de la carretera australe.  Sacrément chanceux ! Le condor est aussi bien présent dans la région mais celui là nous le voyons quasiment tous les soir profiter des vents ascendants.

Plein d’eau potable sur le bord de la route

Dernier bivouac. Nous sommes un peu nostalgique, surtout que nous savons que notre vie est bien plus facile dans la nature qu’en ville. Nous passons de bons moments en famille avant de nous écrouler du sommeil du juste. Nous modifions l’histoire du soir sur les cervidés avec Ugolin le daim, Henry le wapiti, Laurent le viel élan et nous changeons Robert le cerf par Jules le huemul. Il faut bien s’adapter aux découvertes de la journée !

J4 (03/02)

36km
Derniers coups de pédales et encore un régal pour les yeux.

Encore le plein d’eau !

À  la pause déjeuner, je m’inquiète sérieusement de notre arrivée à Tortel. Ce village est réputé pour être entièrement piéton puisqu’il n’y a pas de rue mais des kilomètres de passerelles. En effet, en arrivant, Benoît voit vite rouge. Le seul camping n’a pas d’espace assez grand pour qu’on y mette notre tente. Finalement, en s’arrangeant avec la propriétaire,  nous allons occuper 2 espaces alors que le camping est plein et que des backpackers restés sur le carreau dorment par terre sous des abris de bois dans la rue. Ce camping est « tortel-like », pas de terre mais des terrasses de bois où les tentes sont plantées à coup de marteau et de clous. Il se trouve en contrebas d’où nous arrivons en vélo. Les sacoches sont descendues en 3 voyages dans ce dédale de passerelles et de marches. Bien physique ! Les vélos sont attachés sur le parking à l’entrée de la ville.

Camping à gauche et « rue » à droite

Nous réservons une sortie pour un glacier mais impossible de payer en carte bleue. Il n’y a plus d’électricité au village depuis une semaine. Nous sommes du coup très serrés niveau argent liquide, pas de restaurant ni de courses non indispensables pour nous. Nous sommes d’humeur maussade. À ça s’ajoute un repas tardif qui rend Sam difficile. Il finit par tomber de notre terrasse la tête la première 3 marches plus bas. Nous sommes livides, Sam hurle et je lutte pour le calmer. Plus de peur que de mal. Il s’en sort avec une contusion au frond. Tout va bien mais notre moral empire, nous rêvons d’aller planter la tente loin d’ici. Pour finir, les filles de la tente à côté assises à 1 mètre de nous parlent, rient et chantent jusqu’à 1h30 du matin. Elles me rendent folles. Je ne peux rien dire par peur de réveiller Sam qui miraculeusement dort. À 1h, il se met à pleurer et j’en profite pour rouspéter un grand coup. Enfin elles baissent d’un ton mais mettent encore du temps à se coucher.

J5 (04/02)

Oh mince, Sam fait du bruit avec une casserole et une cuillère juste à côté de leur tente et se débat quand je lui passe son pull…

Ce n’est pas beau la vengeance ! Il est 8h du matin, ce n’est pas vraiment abusé.

8h30. Après 20min de marche sur les passerelles, nous arrivons au point de RDV. On nous annonce qu’un bateau est en panne et que nous ne sommes pas prioritaires face à un groupe de touristes d’un tour organisé de Santiago.  » Revenez à 15h ». Là, c’est moi qui voit rouge. On a réveillé Sam pour venir.

On se balade sur les passerelles puis épuisés, on retourne au camping. Un chien a uriné sur notre tente. Sérieusement ? Cette ville ne veut vraiment pas de nous. À 15h, nous sommes de nouveau devant la capitainerie à attendre notre sortie dans les fjords. À 15h15, on y est toujours et à 15h45, on capitule. Pas de beau glacier qui tombe dans la mer pour finir en apothéose le voyage. Nous repartons directement vers le parking acheter des billets de bus pour le soir même. Pas question qu’on reste un jour de plus ici, on sent les mauvaises ondes autour de nous.

La dame du camping est désolée pour nous. Elle est prête à nous organiser une sortie au glacier demain avec quelqu’un de sérieux. C’est tentant mais nous partons avec soulagement. Elle nous offre un sac à l’effigie du camping pour les couches de Sam. Les Français qui montent leur tente à la place de la notre nous proposent de nous aider à remonter les sacoches dans les passerelles. Deux autres français, Chloé et Pierre, nous aident aussi. À nous 6, nous ne faisons qu’un voyage du camping au parking. Un grand merci à eux pour cette entraide spontanée. Chloé et Pierre restent avec nous à attendre le bus et nous offre un livre de Sylvain Tesson  » Dans la forêt de Sibérie ». Je vais pouvoir enfin lire ce voyageur-écrivain dont j’entends parler depuis longtemps. Trouver des livres en Guyane n’est pas facile.

Sam reçoit lui aussi un cadeau d’une petite fille sur l’esplanade du parking. Un fidget spinner (merci Google de m’avoir trouvé le nom de ce petit jeu en plastique à 3 branches qui tourne et s’illumine, best seller des cours de récré). Tortel aura permis de belles rencontres malgré tout et nous avons de nouveau le sourire. Nous achetons des sandwichs et demandons à l’Office du tourisme si l’eau du robinet est potable. « Oui ».

Une fois dans le bus, une idée me traverse l’esprit : on va être malades demain et seront incriminer les sandwichs alors que j’ai l’intuition que c’est l’eau qui n’est pas bonne.

Sur la route, nous scrutons tous les lieux de bivouac que nous connaissons. On appercoit des tentes avec des vélos à côté. Il y en a 2 plantées face au glacier, où nous nous étions baignés. Nous sommes contents de savoir que d’autres profitent de ce beau lieu. La soirée y avait été tellement agréable. 3 tentes chez le couple âgé où nous avons pris le café. C’est une sensation étrange que d’être dans ce bus et de les voir dehors. La fin du voyage se fait sentir. Nous ne faisons déjà plus partie de ce monde, plus de bivouac ni de rencontre de cyclistes sur la route. C’est le retour des obligations pour nous. Le vent de liberté qui nous poussait depuis le début disparaît.

Nous arrivons à 23h à Cochrane. Au lieu d’aller dans le camping surchargé que nous connaissons, nous choisissons d’aller déranger une dame connue pour être fort peu aimable voir désagréable dont les seuls atouts sont de faire fuire la foule et son très bon wifi. Nous sommes donc les seuls campeurs dans le jardin de l’hôtel. Sam n’arrive pas à se rendormir, il est énervé. Faites qu’il dorme ! Il est 1h du matin.

Du 5 au 7 février

Ça n’a pas loupé, Benoît est courbaturé, fiévreux avec diarrhées. Décidément, Tortel ne nous laisse pas en paix ! Nous restons plusieurs heures tranquillement sur la balancelle qui jouxte notre tente. 

Benoît nous lit le livre de Sylvain Tesson. Nous savourons ces instants de tranquillité. Il y cite Baden-Powell :  » Lorsqu’on quitte le lieu d’un bivouac, prendre soin de laisser deux choses. Premièrement, rien. Deuxièmement, ses remerciements ». C’est tellement vrai. Les gens n’arrivent pas à ne rien laisser derrière eux. Pourquoi ne pas repartir avec ce qu’ils ont amené ? Pourquoi les gens pensent-ils que laisser son papier-toilette est acceptable ? Plusieurs fois, Benoît muni d’un sac plastique a ramassé méthodiquement tous les papiers laissés par les gens. Nous jetons toujours notre papier toilette dans notre poubelle mais en plus, nous enterrons nos excréments systématiquement. Pour ça, nous sommes munis d’une petite pelle très efficace dont la marque nous a été suggérée par l’auteur du livre au titre percutant  » comment chier dans les bois « . Du poids en plus mais il est plus important de laisser les lieux propres pour les suivants.

Nous prenons nos quartiers dans un café donnant sur la place centrale. Le vieux monsieur, Gabriel, met un temps fou à servir parce qu’il parle beaucoup et surtout est très appliqué dans la réalisation de ces cafés au lait. Il y a là tout une série de revues sur la région. Nous apprécions l’endroit. Gabriel offrira à Sam deux petits dinosaures avant notre départ.

Il y a aussi le restaurant de Martica où nous mangeons midi et soir. Elle adore Sam et lui prépare toujours un jus de fruits frais et une purée toujours différente (pois chiche, haricots rouges,  courgettes…) qu’elle refuse que nous payons. Sa cuisine est excellente, pleine de légumes et consistante. Quand je m’y rends seule avec mon petit homme parce que Benoît, malade, a perdu l’appétit, elle accuse tout de suite l’eau de Tortel sans même savoir que nous en avons bu. Quand on lui demande pourquoi son restaurant est-il si différent des autres ? A t-elle été inspirée loin d’ici ? Non, elle est d’ici et est restée ici. Elle nous dit voir les choses différemment et aimer la vraie gastronomie patagonienne. Benoît l’a élu meilleur restaurant du voyage !

Le 7 février, il est temps pour nous de quitter le Chili. Le bus vers la frontière remonte la route que nous avons faite puis bifurque le long du lac turquoise. Cette route est incroyablement belle. Nous croisons 4 cyclistes dont 2 marchent à côté de leur vélo. La route a de fortes montées, est en mauvaise état et un vent très fort leur arrive de face. La femme a l’air exténuée. Je suis bien contente de ne pas pédaler ici malgré la beauté des lieux ! Encore une fois, nous avons un petit pincement à les regarder à travers la vitre. On nous a souvent demandé quel était nôtre état d’esprit devant ce retour qui se rapproche. Nous sommes contents. On a adoré notre voyage et on repartira  très certainement poir un autre long voyage en famille dans quelques années. Sauf que 6 mois, c’est bien. Assez pour bien en profiter etpas trop pour ne pas de ni rendre le retour trop brutal. Le fait d’habiter en Guyane facilite la reprise d’une vie « normale ». Nous savons que plein d’autres découvertes, aventures et dépaysement nous attendent dans notre quotidien.

Nous pédalons 15km pour franchir la frontière. Notre bus est à 2h30 du matin, nous avons du temps à tuer dans le terminal de bus. Sylvain Tesson nous enmene vivre sa retraite sur le Baïkal gelé jusqu’à ce qu’un groupe de gens nous ramène à la réalité. Nous ne sommes plus habitués à être dans des bâtiments. La résonnance acoustique nous gêne. Les gens qui parlent nous dérangent. Nous sommes devenus de vrais ours habitués à ne vivre que dehors ! Même Sam est un peu déboussolé et regarde partout. Entre le visuel et l’auditif, il subit une hyperstimulation sensorielle inhabituelle. Allez, plus que 36h de bus et 17h d’attente dans les gares avant d’arriver à Buenos Aires. Tout va bien se passer !

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