Bolivie

Traversée du Sud Lipez

On l’a fait et ce fut GRANDIOSE ! Probablement avec 2 records : celui de la longévité avec 17jours au compteur ( versus 3j en 4×4 et 8 à 10j pour les autres cyclistes ) et celui du plus jeune cyclo à le traverser avec ses 11 mois !
Nous y avons tous souffert même Sam qui en ressort difficilement avec 2dents en plus !

Faire la traversée dans le sens Uyuni-Chili, c’est 1000m de dénivelé positif en plus que l’autre sens et des vents de face. A cela s’ajoute la remorque de Benoît. On n’a pas choisi la facilité! Tous les cyclistes croisés salueront l’exploit physique qu’il réussira en tirant Sam.

Le texte est long. On ne sera pas vexés si vous ne regardez que la vidéo et les photos !

J1 et 2 : lire l’article « Traversée du Salar d’Uyuni »

J3 (02/11) Sortie du Salar – San Juan de Rosario

km= 47
Dénivelé positif =  195m      négatif =183m
nuit à 3700m d’altitude
difficulté = le vent de face et le sable si comme nous, vous prenez par erreur une parallèle à la piste principale qui est plutôt bonne

La journée débute par de l’asphalte sur 17km que nous parcourons rapidement en longeant le salar d’Uyuni puis une piste bien sableuse nous oblige à pousser sur 2km. Première fois qu’on pousse dans le sable ! C’est vraiment dur physiquement. Il paraît que nous allons devoir pousser pas mal de fois pendant cette traversée jusqu’au Chili, croisons les doigts pour ne pas trop pousser quand même… IMG_2272

Nous pédalons de nouveau tranquillement sur des salars recouverts de terre jusqu’aux 15 derniers kilomètres. Notre route tourne à 90°. Nous nous prenons un vent de face d’une intensité incroyable,  » a décoiffer un lama » comme on dirait par ici ! 3h30 pour 15km… Nous sommes moralement déstabilisés. Benoît a de nouveau la tourista, Sam est fiévreux et grognon et moi, je me déclenche une vive douleur au genou droit lors d’un démarrage raté dans le sable. A ce moment là, on pensait que les routes secondaires étaient nos meilleures options: pas de trafic et pas de tôle ondulée mais en fait, dans le Sud Lipez, il faut penser dans l’autre sens : la meilleure piste est souvent celle la plus utilisée car la plus tassée. Après, s’il y a de la tôle ondulée et quelques 4×4 qui passent, c’est toujours mieux que du sable mou ! Pour retrouver la piste principale nous coupons à travers les dunes. Efforts très très intenses pour nous. Pause allaitement les fesses plantées dans le sable, dos au vent, moral dans les chaussettes. Nous pouvons enfin rouler de nouveau une fois la piste principale atteinte. L’apparition d’une autruche sauvage nous redonne du courage pour combattre le dieu éole.

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erreur de piste… la piste principale était bien meilleure !

L’hôtel de sel, la cabana de Sylvia, connu pour accueillir dignement les cyclo (35b/pers en chambre double + douche chaude = grand luxe pour le sud lipez ) est fermé pour les jours saints mais en apercevant Sam, Sylvia aura la gentillesse de nous préparer une chambre. Nous avons donc l’hôtel rien que pour nous ! Tables, chaises, lits, murs en brique de sel et sol en sel fin.

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J4(03/11) San Juan

5 cyclo multinationaux (Mexique, Grèce, Italie et Nouvelle-Zélande) sont arrivés hier soir et repartent tôt ce matin. Nous aurons plus tard l’occasion de nous motiver en suivant leurs traces dans le sable. Le plus réconfortant sera de voir la trace de leurs pas à coté des traces de pneus dans les moments difficiles à pousser les vélos.

Hier, nous étions dans la partie sensée être la plus facile de la traversée, ça nous inquiète pour la suite… Quand le vent nous sifflait dans les oreilles et le moral était à zéro,j’ai eu la lumineuse idée d’imposer à mes 2 gars une journée de repos. Il est possible d’acheter de la nourriture au village donc on peut se permettre cette pause imprévue au bout de seulement 3jours du départ d’Uyuni.

La nuit que nous venons de passer est la pire depuis la naissance de Sam (quoique la nuit dans les toilettes de la Laguna lagunillas au Pérou peut aussi prétendre à cette place au palmarès). À 4h du matin, n’en pouvant plus des pleurs de Sam qui a mal aux gencives et de la fièvre, je passe le relais à Benoît. Il met Sam dans le porte-bébé et pendant plus d’une heure, il fera maintes fois le tour de la pièce commune ( ça tombe bien, la pièce s’y prête parfaitement vue qu’elle est ronde) tout en chantant une berceuse. Tant pis pour les autres cyclos ! Au petit matin, surprise, les 2 dents du haut qui le travaillaient depuis une semaine sont enfin sorties !!!

Pain perdu, œuf, yaourt etc… On en profite pour manger autre chose que pâtes et riz.

Petit tour au centre de santé pour remplir nos sacoches de paracétamol pour Sam le fiévreux et d’anti-inflammatoires pour la boiteuse que je suis. Mon genou n’est pas vaillant. Nous évoquons l’hypothèse de retourner vers Uyuni par la route internationale si nous ne nous sentons pas capable de traverser le désert. En tout cas, nous rachetons un jour de nourriture en plus pour faire la prochaine étape en 3 jours au lieu de 2.

Diagnostic de Sylvia : ce sont les esprits des momies qui donne de la fièvre à Sam (momies situées à moins d’un kilomètre du village dans des grottes). Elle me propose pour le guérir une infusion de copa copa, une plante andine et nous fait promettre de toujours appeler Sam avant de partir d’un endroit pour que les esprits ne le rendent plus malades. Incroyable ! Doris, sa nounou amérindienne de Guyane nous avait dit exactement la même chose, pourtant deux cultures bien différentes (Amazonie versus hauts plateaux andins) !

J5 (04/11) San Juan – Salar de Chiguana

km=50
nuit à 3800m d altitude
difficulté = sable jusqu’au salar puis vent de face

De nouveau du sable à la sortie du village. Mais où sont les kilomètres de pistes censés être faciles ??? Finalement, le sable laisse rapidement la place à des salars recouverts de poussière.

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D’apparence très facile, cette étape tourne au calvaire quand le vent se met à souffler de face dans l’après-midi. Malgré les doses maximales d’AINS, je dois me réfugier derrière Benoît pour diminuer le vent et ne pas trop forcer sur mon genou. Nous déjeunons dans un décors de western : une vieille gare en bois le long des rails qui mènent les wagons de marchandises vers le Chili.

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Nous plantons la tente à l’abri du vent dès que la piste qui traverse le salar rejoint la terre ferme.

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J6 (05/11)  bord salar de Chiguana – route internationale

km= 32
Dénivelé positif =  365m   négatif =28m
nuit à  4165 m d’altitude
difficulté = sable sur 4km à la sortie du salar

Nous pédalons sur le salar vers l’Ouest jusqu’à retrouver la route internationale via une montée très sableuse. Pour la 1ere fois, nous croisons une horde de 4×4 touristiques, certains nous photographient, d’autres passent sans freiner et 1 ou 2 s’arrêtent pour nous parler. Cette montée sera une épreuve pour Benoît qui me dira une fois en haut qu’il a eu l’impression que quelqu’un tirait la remorque en arrière tellement les roues s’enfonçaient dans le sable. Grosse remise en question de la suite une fois arrivée sur la route internationale : devrions-nous retourner vers Uyuni ? Faire cette traversée en vélo c’est déjà fou mais avec une remorque c’est suicidaire…

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Heureusement la route internationale est un vrai plaisir. Ça monte beaucoup mais aucune difficulté et nous reprenons confiance en nous. Derrière, nous jouissons d’une très belle vue sur le Chili et le salar de Chiguana que nous sommes contents de quitter. Et attention, grand luxe : vent de dos !!!!!!!!!!!

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la route internationale au top !

Nous avons tout juste assez d’eau pour arriver demain là où l’on peut se réapprovisionner. Nous avons eu chaud aujourd’hui et avons beaucoup bu. Pour être sûrs de ne pas en manquer, nous prenons la décision d’arrêter un 4×4 touristique et de leur demander 1 litre d’eau. Mais c’est une avalanche de cadeaux que nous allons recevoir grâce aux beaux yeux de Sam: 1,5L d eau + 1,5L de coca cola + 1L de jus d abricot + 12 pains + du fromage + des sucettes !!! Lourd à porter mais nous ne voulions pas refuser. Le chauffeur nous annonce que nous aurons un vent défavorable sur toute la traversée… Bon, il va falloir prendre l’habitude de se lever très tôt le matin pour profiter de la matinée sans vent.

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Fatigués, on campe au premier endroit à l’abri du vent qui s’avérera être dans du sable. Benoît sort ses ancres à sable que nous sommes bien contents d’avoir pour pouvoir planter la tente (les sardines ne servant à rien). Nous sommes juste à coté de la route internationale mais les camions et bus n’y roulent pas la nuit et même en journée, il y a très peu de véhicules par heure.

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Un tracteur passé vide devant nous une heure plus tôt, repasse chargé d’eau et vient nous en proposer. On apprécie !

J7 (06/11)   Route internationale – laguna Hedionda

km=30
Dénivelé positif =290m    négatif =335m
difficulté = le vent encore et toujours, piste ok

Debout à 5h30 pour avancer avant que le vent nous freine. -2degrés cette nuit.

Encore 5km sur la route internationale et nous voilà devant la piste qui part vers le Sud à travers le désert. Si on continue la route internationale, on rentre à Uyuni. Une dernière interrogation à Benoît pour savoir s’il est sûr de vouloir y aller chargé d’une remorque…. Allez, on y va !

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Ça commence par un col. Bonne surprise, de la terre et des pierres. Parfait pour nous, nous sommes habitués à ce genre de piste et nous montons facilement le col avant de redescendre dans une autre vallée, le sourire collé aux lèvres. Le ballet des 4×4 commence pendant notre pause goûter. Nous en voyons débouler un avec un tandem debout sur le toit. Ils ont eu bien raison ces cyclistes de ne pas tenter cette traversée, dur en tandem, avec 4 sacoches pour 2 personnes, d’avoir l’autonomie suffisante en eau et nourriture.

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Certains 4×4 s’arrêtent et nous parlent. Nous en profitons pour les mandater. Il faut signaler à ceux qui ont notre carton de nourriture que nous avons déjà 2 jours de retard sur notre planning initial, qu’ils ne s’inquiètent pas.

Au détour d’un virage, notre première lagune apparaît en contre-bas. Waouh, on est contents d’être là ! Pause déjeuner au même endroit que les touristes en 4×4. Les conducteurs dressent des tables avec nappe et servent un déjeuner devant les flamants roses, pas désagréable ces tours motorisés !

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Le vent se lève comme d’habitude de face et tellement fort que nous avançons très très lentement. Grâce à nos tours de cou, nous nous protégeons bien du froid et de la poussière que nous envoient les rafales de vent et les rares 4×4 encore là.

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Un petit col et nous voici en vue de l’hôtel de ce soir le long de la laguna Hedionda. Le vent est vraiment ultra fort mais nous arrivons enfin à destination. « Bonjour, combien coûte une chambre ? »  « 120dollars américains » « heurrrrg ( bruit d’étranglement de ma part). Merci. Au revoir ». Bon, pas pour nous cet hôtel ! Ils nous proposent de dormir gratuitement dans une maisonnette sans porte. Voilà qui est mieux malgré la poussière sur le sol sur lequel Sam va ramper. On commence à s’installer. Nous voyons débarquer un couple avec une coupe de gélatine aux fruits rouges pour Sam. Ils nous proposent alors de nous offrir une chambre dans l’hôtel pour  » pouvoir doucher Sam ». En y regardant de plus près, c’est vrai qu’il est plein de terre ce petit ! On décide d’accepter mais de donner 100bolivianos (12E) de pourboire pour les dames qui préparent notre chambre et la nettoieront après.

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Ça ne vaut pas 120$ mais c’est magnifique dedans. Il fait chaud et l’eau de la douche est brûlante. Décrassage obligé pour tout le monde ! Sam qui adore l’eau en profite bien. La chambre comporte une deuxième pièce avec une table et 2 chaises devant une baie vitrée qui donne sur la lagune et les flamants roses. La cuisinière offre à Sam une pâtisserie bien trop dure pour ses petits dents, nous nous régalons donc de ce dessert imprévu  assis au chaud face aux flamants roses regroupés en face de l’hôtel.

J8 (07/11)  laguna Hedionda- entrée du canyon

km=26
Dénivelé positif = 316m   négatif =77m
nuit à 4500 m d’altitude
difficulté = sable à l’entrée du canyon

Nouvelle surprise : hier soir, ils nous ont annoncé que le petit déjeuner était inclus même pour nous !  Nous voilà donc dans le restaurant à profiter du pain grillé et du café au lait. On est chanceux, merci Sam !

Au moment de partir, Maria, une femme de ménage vient prendre des photos de Sam dans sa remorque et m’offre un bandeau en laine tricoté par ses soins. Décidément, l’hotel los flamengos a décidé de nous surprendre.

Nous pédalons successivement le long de 3 lagunes avant de débuter une grosse ascension. La montée est douce et la piste de bonne qualité, parfait. Un cycliste italien en solo nous dépasse avec une facilité déconcertante. Même pas vexés 😉

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Nous déjeunons cachés derrière un rocher pour nous protéger du vent. Un 4×4 avec un conducteur très souriant s’arrête et nous demande de quoi nous avons besoin. J’en profite pour remplir notre bouteille de Coca Cola. Cette boisson est incroyablement énergisante dans les moments difficiles. J’ai eu raison car la piste se dégrade totalement dans l’après-midi. J’arrive à pédaler mais Benoît pousse son vélo et s’énerve. A l’entrée d’un canyon sensé nous emmener au col, le sable est partout. Nous poussons tous les 2. Ma tendinite d’épaule que j’avais eu au Pérou réapparaît très rapidement malgré les anti-inflammatoires que je prends toujours pour mon genou. Et oui, je suis rouillée et plus toute jeune !!!

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Il faut savoir que nous tentons de choisir les meilleures traces de jeep: pour moi, celles qui sont bien dures; pour Benoît, les plus larges pour que les roues de la remorque ne soient pas dans le sable mou. Il évite les grosses ornières où moi je roule facilement sur le sable bien tassé. Si on veut pédaler et non pousser, il faut changer régulièrement de traces = pousser avec une énergie décuplée pour passer les amas de sable mou accumulés entre les traces. Parfois nous nous essoufflons pour gagner une trace qui a l’air bien meilleur et qui s’avérera complètement ensablée 100m plus loin. Alors on rechange au prix d’efforts intenses et ainsi de suite…jusqu’à épuisement moral et physique !

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Benoît pousse, j’arrive encore à pédaler

A cet endroit, les parois du canyon modifie la trajectoire et le force du vent. Impossible pour moi de pousser plus le vélo avec le vent de face. On campe donc encore une fois au premier endroit venu malgré le sable. Nous avons eu raison car le lendemain, nous constaterons qu’il n’y avait plus d’endroit pour camper avant très très, trop, longtemps.

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J9 (08/11)   Entrée du canyon- Falaise désert de Siloli

km=20
Dénivelé positif =184m    négatif =136m
nuit à 4600m d’altitude
difficulté = sable dans une partie de la descente obligeant à pousser

Ce matin, je suis comme une enfant, je refuse net de sortir de mon sac de couchage. D’abord il fait 0 degré dans la tente, ce n’est pas très engageant et ensuite, je n’ai aucune envie d’aller pousser mon vélo. Moi je suis venue pédaler, pas pour pousser. Non, c’est non, je ne bougerais pas de mon petit cocon de plume qui me garde bien au chaud. Benoît avance des arguments et tente de me convaincre de sortir de mon retranchement. Entre le dîner de pain-fromage offert par le 4×4 et le petit déjeuner offert par l’hôtel, nous avons assez de nourriture pour un jour de plus. On peut donc y aller doucement mais sûrement. C’est rassurant de ne pas être obligés de forcer physiquement, nous avons une marge de manœuvre. Je me laisse amadouée par cette idée. Petites traces de renard dans le sable autour de la tente. Nous avions bien fermé les sacoches de nourriture, rien d’intéressant pour lui.

Finalement, le passage de sable finit rapidement et nous pédalons jusqu’au col. C’est la descente qui sera la plus pénible. Nous poussons-roulons en alternance. A midi, nous n’avons fait que 11km… Heureusement qu’on peut s’offrir un jour de plus pour arriver à la laguna colorada où nous attend notre carton de nourriture. On commence tout de même à s’inquiéter de l’état des fruits et légumes qu’il contient. 13 jours dans un carton, il y a de quoi pourrir même à 4000m d’altitude !

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Nous remarquons que quand la matinée a été bonne, l’après-midi est horrible et vice-versa. Ce désert veut nous user mais pas nous achever! Après une matinée difficile à pousser en descente, c’est donc une bonne piste dans le magnifique désert de Siloli qui nous mène jusqu’à des falaises où nous montons la tente à l’abri du vent.

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Sam est très content de l’emplacement et jouera plusieurs heures tout seul. Enfin pas vraiment seul, une viscache (sorte de lapin-écureuil) viendra près de lui pour vérifier qu’il n’a rien à manger. Benoît, quant à lui, est ravi du sol où les sardines s’enfoncent parfaitement et résistent. Il va pouvoir enfin dormir sur ses deux oreilles sans s’inquiéter de la résistance de la tente au vent.

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Derrière, la viscache guette…

Un 4×4 s’arrêtera en fin de journée avec 2 françaises à son bord qui nous poserons une question encore jamais posée: « Allez-vous écrire un livre de vos aventures en vélo avec un bébé? ». Drôle d’idée !

J10 (09/11)  Falaise désert de Siloli- Arbol de piedra

20km
Dénivelé positif = 138m    négatif = 135m
nuit à 4800m d’altitude
difficulté = ne pas se tromper de route et prendre la grosse piste à l’Est de la vallée.

Aucune montagne à l’Est pour nous cacher le levé du soleil, la tente chauffe rapidement et je sors sans rechigner de mon sac de couchage.

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Malheureusement, nous nous trompons de piste et nous nous retrouvons à l’Ouest, loin de la piste principale. Impossible de couper à travers sable pour la rejoindre. Nous poussons nos vélos TOUTE la matinée, quel horreur ! Nous sommes vraiment dégoûtés de notre erreur et espérons que personne ne suivra nos traces de pneus. Mais la règle de matinée pourrie = bonne après-midi fait encore son effet et nous pédalons efficacement jusqu’à l’arbre de pierre. Les très fortes rafales de vent latéral nous envoient dans le sable mou, nous obligeant à mettre pied à terre tous les 3 mètres mais on pédale !

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Lors d’une pause allaitement, en regardant l’horizon derrière nous, je vois apparaître 2 petits bâtons. J’en suis sûre, ce sont des cyclistes ! Benoît ne me croit pas. Même avec son monoculaire, il n’arrive pas à voir à travers la brume de chaleur qui floute l’horizon. Nous repartons et les points grossissent… Arrivé à l’arbre de pierre, le couple de cyclistes nous rattrape. Ils viennent vers nous et en français :  » On savait qu’on vous rattraperait, la famille Bru nous l’avait dit. Ça fait 2jours qu’on suit vos traces. Ça nous motivait. » Les Bru? Ces coquins ont changé leurs plans et sont arrivés à Uyuni juste après notre départ. Mais le pire, c’est qu’ils sont passés en 4×4 avec leurs 5 vélos sur le toit et on ne les a pas vu. On imagine notre joie qu’aurait été de les voir descendre par surprise d’un 4×4 !

« Quand vous dites: « on a suivi vos traces », ça inclue ce matin notre erreur de chemin? » Mince, on avait justement espéré que personne nous suivrait… Désolés.

Ils plantent leur tente à coté de nous et nous passons une fin d’après midi très sympa.

Ils nous rappellent nos années étudiantes où nous nous couchions après dîner avec la sensation d’estomac vide. Voilà ce qu’a changé l’argent dans notre voyage: pas nos hôtels, pas nos restaurants mais nous portons une nourriture de qualité et en quantité suffisante, sans parler des petits plus que l’on peut se permettre: gâteaux et chocolats quotidiens ! On leur donne du chorizo pour améliorer leur soupe en poudre.

Sam, étonné d’avoir des voisins de tente, se tord le cou pour les observer en silence. Marion et Guilhem dînent normalement vers 16h et commencent leur nuit bien avant 18h. On passe pour des couche-tard avec notre extinction des feux à 18h30 !

J11(10/11) Arbol de piedra- Hôtel Laguna colorada

18km
Dénivelé positif =  23m   négatif = 182m
nuit à 4300m d’altitude
difficulté = rouler-pousser dans la descente vers la lagune

La nuit a été froide, -4°c à notre réveil. Nous attendons 6h que le soleil pointe son nez pour nous activer. Tout en discutant avec nos voisins, nous rangeons nos affaires. Petite séance photo familiale à l’arbre de pierre et nous reprenons tous la route. Les autres nous devancent dés les premiers mètres. Tchao les amis, RDV à San Pedro !

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les 2 cyclos français nous devancent rapidement

Bonne matinée, la piste est correcte donc…complications l’après-midi. Nous poussons beaucoup alors que ça descend, quelle frustration! La laguna colorada initialement sans couleur devient bordeaux quand le vent se lève.

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La laguna s’est teintée en rouge bordeaux

Nous arrivons épuisés. [Tous les cyclo-voyageurs rencontrés plus tard qui ont fait le Sud Lipez dans notre sens seront toujours hantés par cette descente vers la laguna décrite comme le summum de difficultés physiques mais surtout psychiques.] Direction la maison du parc national. Nous devons nous acquitter du billet d’entrée et surtout y récupérer notre carton plein de bonne chose à manger. Les guardaparques nous attendaient. Un bébé par ici, ce n’est pas courant alors ils étaient impatient de nous voir !

Encore 200m et nous voilà installés dans une chambre de 4 lits. Nous négocions de nous faire servir le dîner et le petit dej, trop fatigués pour cuisiner nous même.

Parmi les touristes des 4×4 qui arrivent en cette fin d’après-midi au refuge, un couple franco-allemand, cyclotouristes eux aussi, vont passer la soirée avec nous. Ils leur sont arrivés beaucoup de galères en 9 mois de voyage avec leurs vélos ressemblant à des chars à voile à pédale. Oui, oui, des vélos couchés à voile qu’ils ont laissé à la Paz pour venir découvrir cette région.

Notre prochaine étape comporte du sable puis une montée à 5000m d’altitude dont nous ne connaissons pas la qualité de la piste. Si c’est du sable ou qu’il y a de grosses ornières, Benoît n’y arrivera pas avec la remorque. Nous cherchons donc une solution alternative. L’unique camionnette du coin nous demande pour faire ces 30km une fortune que nous n’avons pas sur nous. Pas de banque dans le désert. Commençons demain par une journée de repos, on verra si on trouve une solution.

J12 (11/11)  Laguna colorada

L’agent du parc se démène pour nous trouver une solution. Lui non plus n’a pas très envie de voir un bébé monter si haut dans le parc dont il est responsable. Il demande à tous les 4×4 qui n’ont que 2 ou 3 passagers s’ils peuvent nous prendre. Mais rien.

Finalement, il nous présente un conducteur de camion du parc qui dans 2 jours passera à l’Est de la lagune pour une mission et peut nous emmener gratuitement à la prochaine lagune. Il a l’air de confiance alors pourquoi pas…

J13 (12/11) Laguna colorada Ouest – Laguna colorada Est

12.5km
Dénivelé positif = 55m    négatif = 16m
nuit à 4340m d’altitude
difficulté = piste non roulable en vélo

12km de piste, 10 à pousser nos vélos ! Partis à 9h et arrivés à 16h. Par contre quel chemin de toute beauté ! Il longe la lagune et sa faune. Aucun regret malgré l’effort intense.

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Maintenant, il faut espérer que le RDV de demain aura bien lieu…

J14 (13/11)   Laguna colorada Est- Laguna Chalviri

Le RDV est à 10h, nous avons le temps de démonter pédales et dérailleurs au niveau de la maison des gardes-parc. 9h30 le camion arrive. Les vélos sont chargés en 2min et nous sommes royalement déposés devant l’hôtel de la prochaine lagune 2h plus tard (via une piste qui contourne vers l’Est le col à 5000m). Nous offrons au conducteur pour le remercier ce que nous avons de plus précieux sur nous: 2 Sublimes, ces plaquettes de chocolats aux cacahuètes qui ont le goût de M&M’s.

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Benoît remonte les vélos puis nous attrapons nos maillots de bain, direction les sources d’eaux chaudes. Sam est comme un poisson dans l’eau et nous devons lui imposer la sortie au bout d’une heure ! Ce bain familiale, seuls dans la piscine, nous fait un bien fou.

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Un groupe de jeunes mamies d’un club de randonnée français débarque à l’hôtel et jouent avec Sam qui leur rappelle leurs petits-enfants. Il y a aussi Étienne, un cyclo français qui arrive de San Pedro avec son parapente dans ses sacoches. Nous pouvons grâce à lui nous renseigner sur la qualité de la piste qui nous attend. Le pauvre est installé dans notre chambre de 4 alors que Sam ne fait pas du tout ses nuits.

J15 (14/11) Laguna Chalviri – Ruines Laguna blanca

37km
Dénivelé positif = 350m   négatif = 385m
nuit à 4380m d’altitude
difficulté = vent de face, quasi pas de sable

Cette nuit, Sam a pleuré au moins 10 fois à cause de douleurs abdominales et de gaz. J’ai dû le mettre au sein à chaque fois pour le faire taire rapidement car Étienne dort avec nous et les mamies juste à coté.

Sam reprend du poil de la bête une fois le soleil levé et va même s’offrir un petit tour de 4pattes dans la chambre des voisines qui sont encore au lit. J’entends que ça rigole et récupère Sam tout sourire.

La piste est EXCELLENTE ! Nous n’en revenons pas de pédaler. Quelle sensation de liberté ! Nous traversons le désert de Dali et passons le col sur la matinée. La piste est unique et très empruntée. Une fois l’heure des 4×4 passée, nous sommes plus tranquilles mais il y a, sur ce tronçon, des camions énormes qui roulent à fond et ne ralentissent pas à notre niveau. Pas très agréable. Des camions ! Pour vous dire que la route était bien bien bien bien bien meilleure que les autres jours. A midi, nous avons fait 25km !

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Couverte contre vent et soleil

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Désert de Dali

Le vent de face nous freine mais nous ne boudons pas notre plaisir de pédaler. La laguna blanca nous apparaît bleue ciel de notre campement dans des ruines. Le Chili est tout proche maintenant !

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Bivouac dans des ruines face à la laguna blanca

J16 (15/11)  Ruines Laguna blanca – Refuge Laguna blanca

11km
Dénivelé positif =  60m   négatif = 80m
nuit à 4200m d’altitude
difficulté = tôle ondulée pour fesses sensibles

Petite journée qui nous amène sur les bords de la magnifique laguna verde puis au refuge 6km avant la frontière.

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Laguna verde
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Benoît longe la laguna blanca
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Pas si blanca que ça
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Initialement seul au Mirador de la laguna verde, des 4×4 arrivent tous en même temps et nous sommes étudiés comme des bêtes curieuses

Grand luxe de se faire servir: on s’offre déjeuner et dîner.
Parmi les conducteurs et leurs touristes, nous retrouvons celui à qui nous avions demandé de l’eau et qui nous avait offert tant de choses et celui super souriant qui s’était arrêté spontanément et nous avait offert du Coca Cola. Ils sont contents de nous savoir enfin à la sortie.
6 cyclistes français débarquent. Des instit’ de la Loire à qui l’éducation nationale ne refuse jamais le mi-temps annualisé que l’on nous a refusé 5 fois dans l’académie de Guyane… 4 ans qu’ils sont en mi-temps !!! Pff ça en fait des voyages en vélo !

J17 (16/11) Refuge Laguna blanca – San Pedro de Atacama

63km
Dénivelé positif = 360m    négatif = 2300m !!!!!
nuit à 2300m d’altitude

Dernier jour de cette incroyable aventure !
Le petit déjeuner tarde à arriver alors que nous nous étions levés tôt mais pour des pancakes, je suis prête à attendre des heures ! 6km de piste où nous respirons la poussière des nombreux 4×4. L’un d’eux va s’arrêter et notre ami le conducteur très souriant en descend pour offrir à Sam un petit lama. Quelle générosité ! Nyls de l’agence Tambo lambo si vous cherchez un bon chauffeur.

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Le voilà ce poste frontière de sortie de Bolivie. Immédiatement derrière l’asphalte, le vrai, l’unique asphalte bien dur. On a réussi ! Benoît me prend dans ses bras et commence à sangloter d’émotions et de fatigue. En 2 secondes, je suis moi aussi en pleurs dans ses bras. Autour de nous, des applaudissements débutent et se diffusent avec des sifflements. Nous constatons étonnés que ses applaudissements sont pour nous et viennent des touristes des 4×4. Ils amplifieront quand Sam sera sortie de sa remorque. Émouvant final !

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Dans mon imaginaire, une fois la frontière passée, la belle route asphaltée serait plate ou en descente avec évidement un vent dans le dos (il faut bien rêver) mais pas du tout, ça monte et en plus ça monte dur ! Puis enfin, l’ultime descente de 2300m de dénivelé est devant nous. On met polaire et coupe-vent et s’est partie pour une descente vertigineuse quasi en ligne droite jusqu à San Pedro !!!

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La douane d’entrée au Chili se passe à San Pedro. Ils fouillent nos sacoches et nous confisquent légumes et chorizo pfffff trop nul… Quand je pense à Marion et Guilhem qui mangeaient leurs soupes déshydratées, on aurait dû leur donner plus de choses. Je suis un peu fâchée contre la douane de gâcher tant d’aliments durement portés !

Allez, nous voilà pour quelques jours dans un paradis. il fait chaud, on se croirait lors des belles journées d’été. Il y a une boulangerie française et plein de bonnes choses à manger. On va profiter!

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NB: Les nouveautés pour Sam:

  • Il s’est mis à refuser de manger ses pots, Monsieur veut faire comme les grands. Fatigués, nous avons vite arrêté de nous battre contre lui. Au lieu de lui préparer des repas à part, nous cuisons quelques légumes avec nos pâtes et riz et nous choisissons bien le contenu de sa cuillère quand nous le servons. Comme ça, il croit manger comme nous mais continue à manger ses légumes ! ça nous arrange en diminuant le temps d’utilisation du réchaud à essence. Le seul problème, c’est que nous devons manger à ses horaires à lui. A San Pedro, il mange nos plats au restaurant.
  • Il donne les objets.
  • Il veut utiliser les couverts. Très drôle à voir ! il nous pique nos couverts et se concentre pour viser les aliments mais tout finit à coté de l’assiette !

 

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10 commentaires sur “Traversée du Sud Lipez

  1. Je viens de rattraper mon retard de lecture, et que dire…
    Je suis admirative, impressionnée par ce que vous êtes en train de réaliser! Même si je savais que ça n’allait pas être si facile que ça,surtout avec un petit doudou, je constate que c’est plus dur que prévu. Mais bon, que de magnifiques souvenirs et photos!!!
    Bon courage pour la suite!
    Continuer à me (nous) faire rêver, parce que comme vous vous en doutez probablement, je vous envie beaucoup 🙂

    PS : Vous êtes magnifiques tous les 3 sur les photos, et les yeux bleus de Sam!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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    1. Merci pour ce message qui nous a fait bien plaisir. On espère que tout roule pour toi. La Vendée te plaît ? Pas de rempla de prévu à Saint Laurent pour cette nouvelle année? Le nouvel hôpital ouvre en juin normalement, il faut venir le tester ! Gros bisous.

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  2. Images géniales. Récit impressionnant. Vous vouliez le faire, vous l’avez bouclé. C’est superbe. Beaucoup de mental dans cette traversée en plus du reste. On vous félicite et vous embrasse.
    A bientôt.

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  3. J’ai trouvé dans le désert un bel enfant, il s’appelait Sam. Ses yeux étaient d’un bleu profond, il contenait toute la beauté de l’univers.Nath et Benoîte s’occupent amoureusement de Sam. Il grandit fort et en bonne santé en compagnie de ses parents. Protégez cette famille jusqu’à la fin de ce cours, restez libre et soyez toujours très heureux.

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      1. C’est fait pour ça, c’est chouette de savoir qu’il a servi. C’est agréable de regarder par où passent les autres voyageurs, et on ne serait pas contre y revenir non plus 😀

        Pour nous 2017 a été une année de pause avec l’arrivée de n°3, mais 2018 s’annonce bien pour les voyages à vélo 😉

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  4. Votre recit m’a donne les larmes aux yeux! Je suis en train de potasser votre blog comme on se prepare, avec mon mari et nos deux enfants de 2 ans et 6 mois, a largue les amares pour un tour le long des cotes de l’Amerique Centrale (nous, nous voyageons sur un voilier ;)). Nous avons fait le Salar d’Uyuni et le Sud Lipez avec Anne-Christine en 2005 (c’est elle qui m’a donne le lien pour le blog), je n’ai donc pas pu resister a lire le recit de cette etape. Bravo!

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